Minc ou le critique des critiques
En 2002, Alain Minc s’essayait
aux prophéties. Il choisissait dans ces Epîtres de s’attaquer à une problématique essentielle de notre hexagone: les discours communautaristes fragmentent-ils le lien républicain ? Après la
fin des idéologies, l’auteur dénonçait le vide des références dans lequel se perdait notre immense classe moyenne. Décadence du marxisme, scepticisme face au libéralisme, se faisaient entendre
les revendications des minorités : féminisme, gay, antimondialisme, antiaméricanisme, etc. Les anciens dominés développaient une acerbe critique des institutions françaises et de leurs
références. Mais touchaient-ils la cible et ne fallait-il point craindre un dur retour des choses ? Pour Minc, rien de pire que la revendication d’un quota de femmes dans la vie politique
puisqu’il instituait une différenciation biologique que les femmes avaient tragiquement subie dans le passé. Rien de plus malsain que l’aspiration au droit à la différence homosexuelle qui
complexifiait une intégration respectueuse d’une identité d’abord citoyenne, garante de la protection républicaine face à toutes les discriminations. Rien de plus sectaire que les attaques
répétées et violentes contre les américains alors que leur démocratie bigarrée était toute occupée de l’assimilation des diverses communautés d’origine étrangère. Rien de plus superficiel que
l’analyse antimondialiste à laquelle il reprochait une méconnaissance de la complexité économique internationale. Rien de plus opaque que le fonctionnement d’ONG à la croisée du politique, de
l’économique et du médiatique. Rien de plus dangereux qu’un néo populisme qui ne se confinait plus aux habituelles tribunes de l’extrême droite mais qui paraissait déteindre sur d’autres
formations politiques. Minc s’affirmait comme le pourfendeur d’une opinion sensible aux bonnes intentions et aux particularismes affichés. Dans un balai où médias, classe politique et
organisations diverses se confondaient, la modernité française perdait sa boussole analytique.
De notre point de vue, le livre a le grand mérite
aujourd’hui encore de dialectiser sans complaisance des tendances sociologiques que l’on n’osait pas interroger en leur temps. De chapitre en chapitre, on retrouve le Minc de toujours, homme de
belles lettres, grand lecteur de philosophie et observateur lucide, mais impertinent, des frasques de notre démocratie.
Quatre ans après, son analyse nous apparaît fort lucide.
BRUNO GUITTON
*Editions Livre de poche.
Par Bruno Guitton
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