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Dialegein

La formation philosophique ouvre l'esprit à la considération de la diversité des objets. Ce blog d'un professeur de philosophie propose des articles thématiques variés.

La découverte de Jean Meckert

Publié le 13 Février 2011 par Bruno Guitton in Littérature

  

 

L’homme qui n’aimerait pas la littérature de Jean Meckert nous inquiéterait quelque peu. Serait-il indifférent à la tendresse ou plus gravement, en serait-il dépourvu ? Les personnages de Meckert sont des petites gens, c'est-à-dire quelque part ce que nous sommes : des êtres dans un monde social injuste, mesquin, hypocrite, fort contraignant, et qui réagissent, souffrent, sentent, désespèrent ou se débattent. Alors, ils se proposent une autre vie avec leurs moyens, rêvant à d’autres cieux ou à des révoltes définitives. Ils rencontrent vite leurs limites, celles d’une humanité à laquelle on ne peut demander plus que ce qu’elle peut livrer. On peut certes mépriser ces petites gens qui nous rappellent aussi les années de nos pères ou de nos grands-pères, et on connaît bien quelques grands princes qui ne s’en priveraient pas, mais ces personnages nous disent une sorte de respectabilité que l’on ne trouve plus dans notre modernité. Parce que chez Meckert, il y a quand même toujours des valeurs. Celle de la Justice par exemple qui hante le désir de réparation du petit Michou dont le père a été fusillé dans les mutineries de 1917 et qui veut en finir avec le commanditaire de ces exécutions, le Boucher des Hurlus, le général Des Gringues ; celle du Bonheur avec Augustin, le petit fonctionnaire qui rêve de tuer une routine aliénante par son refus du travail déshumanisant et du conformisme de son intimité familiale. Notre lecture nous met en présence de gens honnêtes, dans un quotidien étroit où ils sont au moins sincères, au pire malheureux. Leurs aspirations sont respectables et leurs échecs compréhensibles. Certes, il n’y a sans doute pas chez notre écrivain les grandes envolées philosophiques qui cherchent désespérément un absolu purement conceptuel mais plutôt des recherches de quotidien meilleur, embourbées dans un réel qui par sa répétition prévisible suscite des réactions humaines, trop humaines. On ne peut, à notre avis, que les apprécier, ces embryons de héros qui ne parviennent jamais au but parce que l’idéal reste l’idéal. Jules Renard avait donc mille fois raison quand il nous avertissait de la sorte: On peut être poète et avoir à payer son loyer. C’est au fond ce que nous enseigne Meckert dans un style où la sobriété et l’argot renforcent la puissance des métaphores et font chanter le francais du bas. Mais le style n’est pas seulement une sorte de rhétorique obligée pour l’écrivain qui prétend à la littérature, il est l’intime collaboration entre le relaté (cf.L’histoire), le contenu (cf.Les idées), et la forme (cf.L’écriture). En ce sens précis, nous trouvons chez Meckert une cohérence qui a séduit de brillants lecteurs (Gide, Martin du Gard,etc.) Par exemple,  il faut absolument se délecter de la scène du restaurant dans le Boucher des Hurlus où les jeunes évadés du pensionnat pour fils de déserteurs et de rebelles vont déjeuner sur l’invitation d’un groupe de prostituées en partance pour les régions dévastés du front afin d'y satisfaire les vainqueurs de la der des ders. L’humour y voisine avec les traits d’esprit. Par sa précision et son pouvoir d’éveiller les émotions,  l’usage de la langue du début du siècle dernier nous attire et nous fascine. On ne peut éviter de rapprocher notre Meckert de René Fallet et de sa littérature de Banlieue sud est.. La même tendresse et le même fond d’espérance et de désillusion y sont à l’œuvre.

Alors à la suite de ces modestes remarques, quel conseil vous donner ? Sans doute celui d’entrer dans l’univers de Mecker-Amila ! Vous y trouverez peut-être des raisons d’être poète et de ne pas accepter de payer votre loyer.

 

Bruno Guitton

 

Notes et remerciements :

-Un grand merci à JL Maître à qui je dois la rencontre de Meckert.

-Pour ceux et celles qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur Jean Meckert : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Amila

 -A lire            Jean Amila (alias Mecker), le Boucher des Hurlus

                        Jean Mecker, L’homme au marteau.

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