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Dialegein

La formation philosophique ouvre l'esprit à la considération de la diversité des objets. Ce blog d'un professeur de philosophie propose des articles thématiques variés.

Minc ou le critique des critiques

Publié le 26 Mai 2006 par Bruno Guitton in Philosophie

 

 

Minc ou le critique des critiques


En 2002, Alain Minc s’essayait aux prophéties. Il choisissait dans ces Epîtres de s’attaquer à une problématique essentielle de notre hexagone: les discours communautaristes fragmentent-ils le lien républicain ? Après la fin des idéologies, l’auteur dénonçait le vide des références dans lequel se perdait notre immense classe moyenne. Décadence du marxisme, scepticisme face au libéralisme, se faisaient entendre les revendications des minorités : féminisme, gay, antimondialisme, antiaméricanisme, etc. Les anciens dominés développaient une acerbe critique des institutions françaises et de leurs références. Mais touchaient-ils la cible et ne fallait-il point craindre un dur retour des choses ? Pour Minc, rien de pire que la revendication d’un quota de femmes dans la vie politique puisqu’il instituait une différenciation biologique que les femmes avaient tragiquement subie dans le passé. Rien de plus malsain que l’aspiration au droit à la différence homosexuelle qui complexifiait une intégration respectueuse d’une identité d’abord citoyenne, garante de la protection républicaine face à toutes les discriminations. Rien de plus sectaire que les attaques répétées et violentes contre les américains alors que leur démocratie bigarrée était toute occupée de l’assimilation des diverses communautés d’origine étrangère. Rien de plus superficiel que l’analyse antimondialiste à laquelle il reprochait une méconnaissance de la complexité économique internationale. Rien de plus opaque que le fonctionnement d’ONG à la croisée du politique, de l’économique et du médiatique. Rien de plus dangereux qu’un néo populisme qui ne se confinait plus aux habituelles tribunes de l’extrême droite mais qui paraissait déteindre sur d’autres formations politiques. Minc s’affirmait comme le pourfendeur d’une opinion sensible aux bonnes intentions et aux particularismes affichés. Dans un balai où médias, classe politique et organisations diverses se confondaient, la modernité française perdait sa boussole analytique.
De notre point de vue, le livre a le grand mérite aujourd’hui encore de dialectiser sans complaisance des tendances sociologiques que l’on n’osait pas interroger en leur temps. De chapitre en chapitre, on retrouve le Minc de toujours, homme de belles lettres, grand lecteur de philosophie et observateur lucide, mais impertinent, des frasques de notre démocratie. 
Quatre ans après, son analyse nous apparaît fort lucide.

 

BRUNO GUITTON


*Editions Livre de poche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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